Comment l’Équipe de football italien a réinventé son style de jeu ?

Le catenaccio, bloc bas, marquage individuel strict et contre-attaques éclairs, a longtemps défini le football italien. Après trois échecs consécutifs en qualification pour la Coupe du monde, la Fédération italienne a engagé une reconstruction profonde de son style de jeu, fondée sur des principes radicalement différents.

Coverciano au centre : une philosophie de jeu unique pour toutes les sélections

Vous avez déjà remarqué qu’un joueur peut briller en U17, puis sembler perdu en équipe A parce que le système tactique change à chaque palier ? C’est exactement le problème que la FIGC veut éliminer.

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Paolo Maldini, nommé directeur technique, et Leonardo, en tant que conseiller, ont présenté un projet de refondation sur huit à dix ans. L’idée centrale : imposer une méthodologie centralisée depuis le centre technique de Coverciano et Club Italia, applicable des U15 jusqu’à la Nazionale A.

Concrètement, chaque sélection de jeunes travaille désormais les mêmes principes de possession, de pressing et de transitions. Un joueur qui passe des U17 aux U21 puis à l’équipe première ne change plus de cadre tactique en cours de route. Il affine son jeu dans une continuité, au lieu de tout réapprendre à chaque promotion.

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Milieu de terrain italien effectuant une passe technique lors d'un exercice d'entraînement en salle avec un style de jeu précis

Ce type de plan fédéral unifié existe déjà dans d’autres pays. L’Allemagne a adopté une approche similaire au début des années 2000, après une série de résultats décevants en compétition majeure. La particularité italienne tient à l’ampleur de la rupture : passer d’une culture où chaque entraîneur appliquait sa propre recette à un système où la philosophie de jeu est définie en amont par la fédération.

Du catenaccio au pressing haut : ce qui change sur le terrain

Pour comprendre la transformation, il faut revenir à ce que le catenaccio signifiait en pratique. Le principe reposait sur un bloc bas, un marquage individuel strict et un libéro chargé de couvrir les erreurs. L’animation offensive dépendait de transitions rapides, souvent sur un nombre limité de passes.

Le nouveau projet italien vise l’inverse :

  • Une possession active où l’équipe construit depuis l’arrière, avec des défenseurs capables de relancer proprement sous pression.
  • Un pressing organisé dès la perte du ballon, inspiré du gegenpressing pratiqué en Bundesliga, pour récupérer haut sur le terrain.
  • Une polyvalence positionnelle qui demande aux joueurs de permuter, d’occuper plusieurs zones et de participer à l’animation offensive quel que soit leur poste de départ.

Ce virage ne signifie pas que la défense italienne devient secondaire. Il s’agit plutôt de défendre en avançant plutôt qu’en reculant. Le bloc remonte, la ligne défensive se positionne plus haut, et la récupération se fait dans le camp adverse.

L’héritage tactique de la Serie A comme levier

La Serie A a longtemps été le laboratoire tactique du football européen. Des entraîneurs comme Arrigo Sacchi avaient déjà bousculé le catenaccio dans les années 1980 avec le Milan AC, en introduisant un pressing collectif et une défense en zone. Le projet actuel s’inscrit dans cette filiation, mais à l’échelle d’une nation entière plutôt que d’un seul club.

L’enjeu est aussi de former les entraîneurs différemment. Le rapport de Roberto Baggio sur les carences de la formation, longtemps resté sans suite, pointait déjà la nécessité de repenser la pédagogie du jeu dans les centres de formation. La fédération semble désormais prête à appliquer ces recommandations.

Vue panoramique d'un match de l'équipe nationale italienne montrant la formation tactique moderne des joueurs Azzurri dans un grand stade européen

Profil des joueurs italiens : une génération qui doit apprendre autre chose

Changer de philosophie sur le papier ne sert à rien si les joueurs formés dans les clubs italiens ne correspondent pas au profil recherché. C’est le maillon faible identifié par plusieurs observateurs du calcio : le pont entre la formation en club et les exigences de la sélection reste fragile.

L’exemple de Samuele Ricci illustre bien la transition. Milieu de terrain technique, à l’aise dans la construction et la circulation rapide du ballon, il incarne le type de joueur que le nouveau projet veut produire en série. Pas un spécialiste de la destruction, mais un footballeur capable de jouer sous pression, de se projeter et de garder le ballon dans des espaces réduits.

Le problème, c’est que la majorité des clubs de Serie A privilégient encore les résultats immédiats. Un jeune joueur créatif aura moins de temps de jeu qu’un profil expérimenté et fiable défensivement. La fédération doit donc convaincre les clubs de laisser davantage de place aux jeunes formés selon la nouvelle méthodologie.

Guardiola, Pirlo et le choix du sélectionneur comme signal tactique

Le nom du sélectionneur n’est jamais anodin en Italie. Chaque nomination envoie un message sur la direction que la fédération veut prendre. Après la démission de Gennaro Gattuso et le départ de Gabriele Gravina de la présidence, les regards se sont tournés vers des profils très différents.

Andrea Pirlo, dont le style de coaching repose sur un jeu de position fluide et des permutations constantes, fait partie des candidats sérieux. Son approche correspond naturellement au projet fédéral de possession et de polyvalence positionnelle.

Le nom de Pep Guardiola a aussi circulé, porté par Maldini et Leonardo eux-mêmes. Recruter un entraîneur étranger pour la Nazionale serait un geste fort, presque sans précédent. Cela signifierait que la rupture avec l’ancien modèle italien est totale et assumée.

Quel que soit le choix final, le sélectionneur devra s’inscrire dans la philosophie définie à Coverciano. C’est une inversion du rapport de force habituel : en Italie, le coach dictait le style. Désormais, le style précède le coach.

Un calendrier serré pour des résultats visibles

Le projet se veut long terme, mais la pression reste immédiate. Trois Coupes du monde manquées d’affilée ont créé une attente considérable. Les prochaines compétitions serviront de premiers tests grandeur nature pour mesurer si la possession active et le pressing haut fonctionnent avec des joueurs italiens formés dans un système encore largement défensif.

La réussite dépendra moins du talent individuel que de la capacité de la fédération à maintenir le cap sur plusieurs cycles de sélection, sans céder à la tentation d’un retour au pragmatisme défensif au premier résultat décevant. Le vivier de joueurs techniques existe, les structures fédérales sont en place, et le premier vrai verdict tombera lors des prochaines qualifications.

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